Réforme des retraites - Ministère du travail sur Flickr

Le problème épineux du départ sans décote à 65 ans


Le gouvernement refuse bec et ongles la proposition présentée par François Chérèque (CFDT) et François Bayrou (qui a déposé un amendement à ce sujet) de maintenir le départ en retraite sans décote à 65 ans.
Eric Woerth tient absolument à porter cet âge à 67 ans et n'en démord pas... On peut se demander pourquoi tant de rigidité alors que plus de flexibilité sur ce point rendrait sa réforme plus acceptable.
Le relèvement de 65 à 67 ans devant générer un tiers des économies attendues de la réforme, ni son abandon ni son adoucissement ne sont envisagés par le ministre du travail.

Des coûts supplémentaires cachés

Pourtant, une note technique de Pôle emploi jamais publiée (voir article des Echos) annonce une perte sèche d'au moins 200 millions d'euros par an pour les caisses de l'assurance chômage en cas de relèvement du départ sans décote de 65 à 67 ans.
En effet, les personnes déjà au chômage et liquidant leurs droits à 65 ans resteront au chômage 2 ans de plus. Il est difficile d'imaginer que dans la conjoncture actuelle, l'emploi des séniors puisse être rapidement renforcé pour contrebalancer ce transfert de coût.

Mais le gouvernement attend de son côté des économies de l'ordre de 20 milliards d'euros par an à l'horizon 2020 (ça n'est pas pour tout de suite!) avec le relèvement de 2 ans des âges légaux de départ à la retraite. Maintenir le départ sans décote à 65 ans hypothèquerait donc 6 milliards d'économies prévues en 2020...

Faiblir sur cette position signifierait pour le gouvernement un aveu d'insuffisance de cette réforme!
Par rapport aux besoins de financements supplémentaires, les économies réalisées en jouant sur les variables du régime de retraites (30 milliards en tout à l'horizon 2020) ne suffiront pas à combler le déficit grandissant...
Si Woerth renonce au relèvement à 67 ans du départ sans décote, il réduira encore les relativement "faibles" économies que sa réforme promet et la discréditera donc totalement. Ce n'est donc pas une question de mauvaise foi de sa part, mais plutôt un aveu: celui de ne pas avoir été capable de mener une réforme réellement utile et viable.

Vers la fin du régime par répartition?


En deux mots, régime par répartition signifie que les actifs paient les retraites des pensionnés. Or la constatation précédente m'amène à penser que la mort du régime par répartition est proche... alors que tout le monde se dit pour la sauvegarde de ce système qui fait notre fierté!

En effet, que ce soit du côté du gouvernement ou du côté du Parti socialiste, on demande une hausse de la fiscalité, au Nouveau Centre une hausse de la CSG... Et en effet, cette hausse est inévitable pour combler le déficit du budget national.
Mais selon moi, on fait des jeux d'écriture en bouchant un trou avec de l'argent qui ne devrait pas avoir de rapport avec les retraites!

La fin du système par répartition, cela signifierait que l'on rend les armes face à la difficulté de cette réforme.

Je ne me permettrai pas de jeter la pierre à qui que soit sur cette question! Rendre une réforme des retraites acceptable est délicat et maintenir réellement le système par répartition est un tour de force car il supposerait d'aller plus loin dans la réforme des retraites elle-même.

Mais augmenter la fiscalité pèsera de la même manière sur les ménages, c'est en quelque sorte déplacer le problème pour ne pas le résoudre. Et c'est, au passage, l'occasion pour le gouvernement de se défausser des promesses faites de ne pas augmenter les impôts!

Je suis de près le débat sur cette réforme importante et suis de plus en plus perplexe car le modèle des retraites par répartition reste en danger!
Rien ne sert d'être inflexible et de ne pas tenir compte du problème de justice sociale quand dans le même temps on propose une réforme "à moitié faite": en ne tenant pas compte des situations difficiles (carrières incomplètes pour cause de chômage ou de maternité,...) on espère gratter des fonds de tiroir au mépris des personnes en situation de précarité alors que de toute façon le compte n'y sera pas!

En résumé, je pense qu'on ne va pas assez loin dans cette réforme, et surtout qu'on ne va pas dans la bonne direction!

Mots-clefs: Bayrou, finances publiques, fiscalité, justice sociale, pénibilité, retraites, societe